Seargent Rutledge ou le huis clos impossible

 

"Je suis un homme du Nord. Je suis nŽ dans le Maine, l'un des premiers Etats ˆ avoir aboli la sŽgrŽgation. Je dŽteste l'Žtat d'esprit du Sud et je ne veux pas en parler..."[1]

 

Ds son arrivŽe au tribunal, le Lieutenant Tom Cantrell (Jeffrey Hunter) qui doit assurer la dŽfense du Sergent Rutledge, sĠindigne de la prŽsence des femmes dĠofficiers venues lˆ comme on se rend au spectacle. Elles ne sont pas les seules : dans le fond de la salle dĠaudience, se presse debout tout un petit peuple qui sĠagite et qui espre bien assister ˆ la pendaison du coupable. Un homme sĠest muni dĠun fouet : est-ce un cocher ou pense-t-il dŽjˆ ˆ la punition habituellement rŽservŽe au ngre marron ? Aussi ˆ peine le Sergent Rutledge a-t-il ŽtŽ prŽsentŽ ˆ la cour martiale, que son avocat demande le huis clos et que le PrŽsident lĠordonne. La salle est donc ŽvacuŽe immŽdiatement malgrŽ les protestations vŽhŽmentes du public dont fait partie lĠŽpouse du colonel, prŽsident de la cour. Le film ne vient que commencer (7me minute) mais le huis clos cinŽmatographique ne va pas durer. Aprs les procŽdures dĠusage qui donnent lĠoccasion aux diffŽrents protagonistes de croiser le fer et dĠtre prŽsentŽs aux spectateurs (Ford qui dŽtestait lĠexposition sĠen acquitte ainsi rapidement), le premier tŽmoin est appelŽ ˆ la barre : coup de thŽ‰tre, le Capitaine Shattuck (Carleton Young), lĠavocat de lĠaccusation, cite Mary Beecher (Constance Towers), le principal tŽmoin de la dŽfense. Aprs un gros plan sur elle sans incidence angulaire, un plan gŽnŽral recadre les diffŽrents acteurs du procs : Shattuck debout faisant face ˆ Mary, assise dans sa robe bleue, en arrire plan les cinq membres de la cour et dans lĠangle droit du cadre, lĠavocat de la dŽfense. La lumire baisse et bient™t seul le tŽmoin reste vraiment ŽclairŽ, des autres protagonistes, on ne distingue plus que les silhouettes, leurs ombres : le spectateur est clairement installŽ dans la salle dĠaudience et la mise en image le contraint ˆ concentrer son attention sur les dŽclarations de Mary Beecher. Aprs ce faux fondu au noir (en rompant avec les codes de la vraisemblance, Ford prend le risque dŽlibŽrŽ de dŽsorienter le public), son tŽmoignage se poursuit puis est mis en images : ds sa 12me minute, le rŽcit sĠŽvade du huis clos, quitte le prŽsent pour retrouver lĠespace extŽrieur et le passŽ dans un premier flash-back encha”nŽ par une coupe franche. Le film abandonne la cour pour rejoindre le western avec un train qui, de nuit, traverse lĠŽcran en diagonale.

 

Ensuite, le rŽcit suit une double linŽaritŽ : dĠune part, le dŽroulement du procs avec les diffŽrents tŽmoins citŽs ˆ compara”tre et, dĠautre part, leur version des faits illustrŽs en flash-back. Pour autant, Ford nĠhŽsite pas un instant ˆ se jouer de la question du point de vue : il sĠaffranchit de la contrainte du tŽmoignage pour donner aux spectateurs tous les ŽlŽments nŽcessaires ˆ une bonne comprŽhension. Premier exemple, lors de la dŽposition du major, un Allemand[2], qui a constatŽ les dŽcs et qui est restŽ ˆ lĠintŽrieur de la maison du crime, la sŽquence sĠachve sur un Žchange entre Tom Cantrell et le sergent Matthew Skidmore (Juano Hernandez) ˆ lĠextŽrieur. Tous les tŽmoignages sont ainsi rapportŽs sans que Ford ne se soumette, ˆ aucun moment, ˆ cet impŽratif narratif qui serait de respecter la cohŽrence des faits rapportŽs ; ainsi lorsquĠun tŽmoin sort dĠune pice, le "tŽmoignage" peut aussi bien continuer sans lui (exemple : lors de la dŽposition de Tom Cantrell, les soldats noirs restŽs seuls entourent leur sergent et le rŽconfortent). Reproduit systŽmatiquement, ce procŽdŽ montre bien quĠil ne sĠagit en aucune manire dĠune erreur dĠŽcriture du scŽnario - a goof, que les cinŽphiles amŽricains aiment ˆ dŽbusquer dans tous les films - mais dĠun choix de mise en scne : le ma”tre du point de vue reste bien le rŽalisateur mme si, convention oblige, il tend ˆ faire accroire le contraire. Du reste, les tŽmoignages principaux concordent pour faire de Braxton Rutledge un hŽros ; Ford ne fait pas une leon de cinŽma ou un exposŽ sur la question du tŽmoignage mais plaide rŽsolument en faveur du sergent noir : Sergeant Rutledge nĠest pas Rashomon[3].

 

Enfin, les retours au tribunal permettent de mŽnager quelques poses avant de conduire le procs ˆ son terme qui sĠachve avec la production de la vŽritŽ gr‰ce ˆ un coup de thŽ‰tre vraiment providentiel. MontŽ en coupe franche, lĠensemble donne lĠimpression dĠune grande unitŽ avec une fluiditŽ dans le dŽroulement.

Un western atypique

Seargent Rutledge peut tre considŽrŽ comme un film atypique ˆ la fois par rapport au genre et par rapport au reste de la production de John Ford. Pour autant, il reste un western et, par consŽquent, doit obŽir ˆ un minimum de ses canons et fait partie de lĠÏuvre du grand rŽalisateur dont il porte la marque. CĠest prŽcisŽment dans ce jeu entre la soumission aux codes du genre et les nombreuses transgressions que se situe lĠapport du cinŽaste.

 

Pour les spectateurs, le western est associŽ aux grands espaces, ˆ la Frontire, ˆ la wilderness ; aujourdĠhui, on pourrait dire quĠa priori, un western doit impŽrativement se dŽrouler Into The Wild[4]. Certes, il existe bien un grand nombre de westerns dont lĠaction se dŽroule compltement dans une ville sans jamais en sortir (Rio Bravo) ou qui restreignent les lieux de la fiction au maximum (le saloon et le campement dans The Ox-Bow Incident) mais aucun ne sĠest risquŽ au huis clos pour ne pas dŽsorienter compltement les spectateurs en trahissant leurs attentes constituŽes par lĠexistence mme du genre.

 

Se prŽsentant comme un faiseur de westerns[5], Ford affectionne tout particulirement le genre mme sĠil nĠa ŽtŽ payŽ en retour car il nĠa jamais ŽtŽ distinguŽ gr‰ce ˆ lui[6]. Le western lui permet de sortir de la ville et de se retrouver avec ses vieux copains dans la beautŽ du monde et notamment dans ce lieu mythique que Monument Valley[7] est devenu principalement gr‰ce ˆ lui. Enfin, il lui offre lĠoccasion de faire travailler ses amis navajos dont il revendique avec fiertŽ lĠamitiŽ.

"Making movies, it was great. It was like having this big, extended family around you. The Westerns were especially fun. Out there on location. The stars in that desert sky, they beat the stars and stench of Hollywood. Good beef on the grill, some music and somebody always had a grand tale to tell. We didn't talk film at night. It was off limits. We played games, dominoes, poker. Or may be Danny Borzage and we'd sing."[8] 

 

Le huis clos lĠaurait condamnŽ ˆ tourner en studio alors ˆ quoi bon choisir un western.

De plus, ˆ lĠintŽrieur mme de ses fictions, Ford aime ˆ faire intervenir le petit peuple qui dit la cohŽsion de la communautŽ et en mme temps assure les ruptures de ton auxquelles il reste si fortement attachŽ.

"Ford reste jusqu'au bout fidle ˆ son gožt pour les ruptures de ton, l'interpolation d'Žpisodes burlesques sinon grotesques, au sens fort de caricatural, au milieu de ses films dramatiques. Il sait pourtant que Hollywood et son public changent et que l'unitŽ de ton est de meilleur gožt, Çplus artistiqueÈ. Fort de son statut, de ses quarante ans de carrire, il choisit de refuser de s'adapter. Il continue d'Žquilibrer le pathos par le comique, quitte ˆ mler chacun en grande quantitŽ."[9]

 

Ds lors, le huis clos qui interdirait lĠintervention des spectateurs dans la cour para”t vraiment inopportun. Ford va tourner la difficultŽ, ˆ la 31me minute, en faisant citer comme tŽmoin Cordelia (Billie Burke[10]), la femme du Colonel qui se prŽsente ˆ la barre avec trois de ses amies dont la principale est interprŽtŽe par Mae Marsh[11]. Le huis clos est ŽcornŽ : les commres que John Ford aime bien brocarder, pŽntrent dans le prŽtoire.

 

La responsabilitŽ du bon dŽroulement du procs pse sur les Žpaules du Colonel qui incarne une figure de juge chre ˆ John Ford : un solide sens de la justice avant la soumission au droit. Soldat avant tout, sa tenue est nŽgligŽe et il affiche ainsi son dŽdain pour les conventions et les militaires dĠopŽrette. Du reste, il ne cache pas le peu dĠestime quĠil porte au capitaine chargŽ de lĠaccusation, un juriste en gants blancs de lĠŽtat-major, pas un vŽritable soldat. Les autres membres de la cour partagent cette aversion. Lorsque Shattuck sĠen prend au vieux sergent Matthew Skidmore, les officiers unanimes prennent la dŽfense de leur subordonnŽ en oubliant la procŽdure.

"Chez lui, dans les tribunaux des petites villes amŽricaines ˆ la charnire des XIXe et XXe sicles, le bon juge sige en lisant le journal (Judge Priest) ou s'Žvente, pieds sur le bureau, tandis qu'un procureur s'Žpoumone (The Sun Shines Bright), comme si dans l'acte de juger l'art de ne pas faire attention nĠŽtait pas moins requis que l'attitude inverse. C'est que la gŽnŽralitŽ de la loi appelle cette attention flottante d'un juge sourd ˆ la rhŽtorique dont les dŽfenseurs de l'ordre Žtabli habillent leurs prŽjugŽs, mais habile ˆ dŽterminer les conditions de la juste application de la rgle au cas particulier."[12]

 

Sous la prŽsidence de ce Colonel fort peu conforme, la cour martiale de Sergeant Rutledge est conduite ˆ la manire de Ford, avec humanitŽ : une exception dans les reprŽsentations de la justice militaire au cinŽma qui se conforme plut™t ˆ la cŽlbre dŽfinition de ClemenceauÉ Fordien jusquĠau bout, le Colonel, sous pression, rŽclame de "lĠeau" ˆ son assesseur, le 5me membre de la cour, le Lt. Mulqueen (Judson Pratt) ; cela marque le dŽbut dĠun petit jeu entre lĠofficier supŽrieur et son subordonnŽ (la premire fois, Mulqueen finit le mug de whiskey et la seconde, le colonel nĠen laisse pas une goutte) avec une sŽrie de gags rŽcurrents : lĠantagonisme est poursuivi par des remarques acides du Lt. Mulqueen, ˆ propos dĠune question de procŽdure qui se rŽsout par la production dĠun code confŽdŽrŽ "obtenu" lors du sac dĠAtlanta et au cours de la partie de poker. Vraiment incongrue, cette partie de poker qui sĠachve sur une ellipse et la victoire du Lt. Mulqueen, intervient aprs le moment le plus fort du film : la fin du tŽmoignage du sergent Rutledge quand, harcelŽ par lĠaccusation, il se dresse et revendique sa qualitŽ dĠhomme. La cour, comme le spectateur, a besoin de souffler et John Ford mŽnage une courte pause : avant de donner la parole ˆ la dŽfense, le Colonel ordonne une suspension de sŽance et demande dĠouvrir le prŽtoire pour aŽrer. La foule des spectateurs en profite pour revenir et le huis clos sĠachve vraiment afin de permettre ˆ tous dĠassister ˆ la manifestation de la vŽritŽ et mettre un terme dŽfinitif ˆ toute vellŽitŽ de lynchage : une corde a ŽtŽ brandie dans le public braillard.

 

Par ailleurs, Ford nĠa jamais ŽtŽ un adepte des dŽfis techniques ˆ la Hitchcock (Cf. Lifeboat, 1944 ou The Rope, 1948) ; son propos a toujours ŽtŽ de raconter une histoire le mieux possible, la technique devant sĠeffacer au profit du rŽcit : cĠest en cela que Ford est un classique. A la question de savoir pourquoi sa camŽra Žtait le plus souvent fixe et les acteurs, en revanche, bougeaient beaucoup, Ford rŽpondait, avec son anti-intellectualisme habituel, que les techniciens Žtant bien moins payŽs que les acteurs, il y avait une forme de justice ˆ filmer ainsiÉ

 

Enfin, le huis clos rŽduisant par dŽfinition fatalement lĠespace contraint ˆ lĠutilisation de plans rapprochŽs. Or depuis la fin des annŽes 50, le cinŽma sĠest engagŽ dans un processus de distinction par rapport ˆ son rival domestique, la tŽlŽvision : gŽnŽralisation de la couleur et des formats larges (cinŽmascope et panoramiques). Ne bŽnŽficiant pas dĠune dŽfinition dĠimage suffisante pour jouer sur la profondeur de champ, la tŽlŽvision sur utilise, par consŽquent, le premier plan. CĠest avec cette esthŽtique que le cinŽma doit rompre si il dŽsire tout simplement continuer ˆ exister. A propos des gros plans, Howard Hawks fait rŽfŽrence explicitement ˆ son ami en dŽclarant notamment :

"Je suis ŽcoeurŽ par cette tendance de la tŽlŽvision ˆ tout filmer en plans rapprochŽs. En plus, certaines des meilleures scnes que l'on peut tourner sont en plans ŽloignŽs. J'ai appris a de Jack Ford."[13]

 

Bien sžr cette esthŽtique tŽlŽvisuelle rŽpond Žgalement ˆ une double exigence : une rŽduction des cožts et un souci dĠtre intelligible par le plus grand nombre en ne laissant subsister aucune ambigu•tŽ. En revanche, les plans ŽloignŽs nŽcessitent de mobiliser des moyens techniques importants mais offrent aux spectateurs une vue plus ouverte ˆ tous les sens du terme, ou en paraphrasant AndrŽ Bazin et ses propos sur la profondeur de champ, une mise en perspective plus "dŽmocratique" mme si, comme nous lĠavons vu plus haut, Ford ne laisse gure ouvert le sens gŽnŽral du film.

Mais, un film de Ford tout de mme

Pour autant mme atypique, Seargent Rutledge reste un film de Ford. Ce nĠest pas son seul film ˆ utiliser un tribunal pour ses grandes qualitŽs dramaturgiques : Judge Priest (1934), Young Mister Lincoln (1939), The Sun Shines Bright (1953) fournissent les plus beaux exemples. En revanche, Seargent Rutledge se distingue en concentrant son rŽcit sur le jugement et en choisissant lĠaccusŽ comme hŽros principal ˆ la place du juge ou de lĠavocat. De plus, cet accusŽ nĠest quĠun simple sergent, alors que la fonction du sous-officier chez Ford est habituellement de servir de faire valoir ˆ lĠofficier qui occupe le centre de la fiction, et dĠapporter une note comique : Cf. le cycle de la cavalerie et la figure du "sergent la terreur mais au cÏur dĠor" interprŽtŽ par Victor McLaglen. Il peut Žgalement incarner lĠhomme du peuple et sa common decency en opposition ˆ la morgue de lĠofficier aristocratique. Le Sergent Major O'Rourke (Ward Bond) rappelle les rgles de savoir-vivre au Colonel Owen Thursday (Henry Fonda) qui est entrŽ chez lui sans y tre invitŽ (Fort Apache, 1948). Mme sĠil aime un peu trop le whiskey, les Žtats dĠ‰me du First Sergeant Stanislaus Wichowsky (Mike Mazurki) permettent de dire le malaise de toute la troupe et de son officier, le capitaine Thomas Archer (Richard Widmark) ; plus, en Žvoquant les cosaques et leurs pogroms, le polonais Wichowsky Žtablit pour la jeune AmŽrique un parallle avec la vieille Europe terriblement critique (Cheyenne Autumn, 1960).

 

Enfin et surtout, le sergent Rutledge est non seulement noir mais cĠest un ancien esclave affranchi.

 

Le parallle avec Judge Priest et The Sun Shines Bright sĠavre trs fructueux. TournŽs ˆ prs de 20 ans dĠintervalle (permanence du point de vue), ces deux films sĠattachent ˆ dŽcrire une petite ville du Kentucky au tournant du XXe sicle avec un personnage principal, le Juge Priest, qui incarne les valeurs chres ˆ Ford, comme il le dit lui-mme :

"Les films que je prŽfre sont The Sun Shines Bright, dont le personnage principal est trs proche de moi, et Young Mr. Lincoln."[14]

Dans les deux films assurant ainsi une forme de continuitŽ, Jeff Poindexter (Stepin Fetchit) se tient aux c™tŽs du juge. Dans Judge Priest, le juge (Will Rogers) entretient des liens dĠamitiŽ avec Jeff avec qui il va pcher ˆ la ligne et emploie Aunt Dilsey (Hattie McDaniel[15]) pour tenir son logis. Mme si ces deux personnages respectent parfaitement les stŽrŽotypes classiques (ou racistes : Jeff parle et agit lentement et Aunt[16] Dilsey est une bonne grosse chanteuse de gospel), ils jouent un r™le important dans la fiction et leur proximitŽ avec le juge constitue dŽjˆ une forme de rŽcusation des prŽjugŽs. Toujours sous le nom de Jeff Poindexter, Stepin Fetchit est prŽsent dans The Sun Shines Bright. Fidle serviteur, il fait fonction dĠassistant, voire de vŽritable "auxiliaire de vie" chargŽ dĠassurer lĠapprovisionnement en "mŽdecine" pour soutenir le cÏur dŽfaillant du vieux juge interprŽtŽ par Charles Winniger...

 

AujourdĠhui et sans recul, le spectateur peut tre choquŽ : les acteurs noirs semblent se conformer en tout point ˆ un imaginaire construit par les reprŽsentations racistes. Du reste, Stepin Fetchit est considŽrŽ comme lĠincarnation cinŽmatographique de la caricature "Coon". Historien du cinŽma, Daniel J. Leab dit de Stepin Fetchit:

"Fetchit became identified in the popular imagination as a dialect-speaking, slump-shouldered, slack-jawed character who walked, talked, and apparently thought in slow motion. The Fetchit character overcame this lethargy only when he thought that a ghost or some nameless terror might be present; and then he moved very quickly indeed."[17]

 

Quand Donald Bogle note ˆ son propos:

"His appearance, too, added to the caricature. He was tall and skinny and always had his head shaved completely bald. He invariably wore clothes that were too large for him and that looked as if they had been passed down from his white master. His grin was always very wide, his teeth very white, his eyes very widened, his feet very large, his walk very slow, his dialect very broken."[18]

 

AbrŽviation de "racoon" (raton laveur), la caricature "Coon" est nŽe ˆ lĠŽpoque de lĠesclavage et vŽhicule les pires reprŽsentations racistes :

"The coon developed into the most blatantly degrading of all black stereotypes. The pure coons emerged as no-account niggers, those unreliable, crazy, lazy, subhuman creatures good for nothing more than eating watermelons, stealing chickens, shooting crap, or butchering the English language."[19]

 

Cette caricature a ŽtŽ diffusŽe largement[20] notamment par The Minstrel show, cette premire forme de la culture de masse aux USA. ConstituŽ de chants, de danses, de musique et dĠintermdes comiques, The Minstrel show Žtait interprŽtŽs d'abord par des acteurs blancs grimŽs grossirement puis, aprs la Guerre civile, par des noirs eux-mmes qui se conformaient ˆ la caricature coon en apparaissant ignorants, paresseux, superstitieux mais toujours joyeux et douŽs pour la danse et la musique. Mais lĠambigu•tŽ est rŽelle. Certes, The Minstrel show vŽhicule des stŽrŽotypes racistes mais diffuse Žgalement au prs dĠun large public la musique noire et touche mme des artistes blancs comme Mark Twain ou Henry James[21].

 

Une ambigu•tŽ identique peut tre relevŽe avec le personnage incarnŽ par Stepin Fetchit qui fut le premier acteur noir ˆ atteindre le haut de l'affiche et l'un des premiers acteurs noirs millionnaire. Revenant sur Judge Priest, il note: "When people saw me and Will Rogers like brothers, that said something to them"[22]. Plaidoyer que lĠon peut considŽrer pro-domo mais dans son livre de 1989, Une virŽe dans le Sud, V.S. Naipaul souligne la nouveautŽ radicale du couple Stepin Fetchit-Will Rogers ˆ l'Žcran : 

"Quand j'Žtais enfant, Stepin Fetchit Žtait adorŽ par les Noirs de la Trinidad. On l'adorait non seulement pour son humour, son corps qui semblait comme disloquŽ, sa dŽmarche et sa voix extraordinaires, ses propos extravagants. On l'adorait parce qu'il figurait dans des films ˆ une Žpoque o Hollywood incarnait un glamour presque impossible. Et surtout parce que, en un temps o la sŽgrŽgation sŽvissait ˆ Trinidad et o le monde semblait figŽ ˆ jamais, on voyait Stepin Fetchit ˆ l'Žcran en compagnie de Blancs. Et pour les Noirs de la Trinidad – qui ˆ l'Žpoque dŽdaignaient les Africains et poussaient des cris et des huŽes au cinŽma quand on montrait des Africains dansant ou avec des lances – la vue de Stepin Fetchit avec des Blancs, Žtait comme le rve d'un monde meilleur."[23]

 

De plus, Will Rogers Žtait bien plus quĠun simple acteur dĠHollywood. Publiciste dans les grands journaux ou ˆ la radio, il incarnait le petit peuple et son solide bon sens. Il jouissait dĠune telle popularitŽ que sa candidature ˆ la PrŽsidence Žtait sŽrieusement envisagŽe avant quĠun accident dĠavion mette un terme tragique ˆ sa carrire.

 

Enfin, dans la sociŽtŽ sudiste construite par un racisme extrmement violent[24], Jeff joue sžrement la seule partition qui lui permette dĠexister sans prendre de coup. Le grand bent fait penser au brave soldat Schweik et son apparente niaiserie dŽmontre quĠil a parfaitement bien compris que les rapports de force ˆ lĠÏuvre dans la sociŽtŽ dans laquelle il doit vivre lui sont absolument dŽfavorables.

 

Le parallle peut tre poursuivi. En effet, dans The Sun Shines Bright comme dans Sergeant Rutledge, au centre du rŽcit on trouve le viol dĠune jeune fille blanche[25] et un noir aussit™t accusŽ (tant cela tombe sous le sens !) et, finalement gr‰ce ˆ la droiture dĠun juge ou dĠun avocat, le lynchage rŽclamŽ par les petits blancs est ŽvitŽ et le vrai coupable (un blanc bien convenable) dŽmasquŽ.

"Dans ses aspects twainiens, l'Ïuvre de Ford offre du peuple amŽricain (petit et moyen) une image contrastŽe : ivrognerie et droiture, poltronnerie et courage, bassesse et dignitŽ, en dĠincessants Žchanges, de continuels renversements. La caractŽrisation grotesque domine, Ford semblant fortement inspirŽ par le thŽ‰tre vaudevillesque et la caricature ou le dessin. En ce sens les cavaliers du Massacre de Fort Apache diffrent peu des personnages de Judge Priest, sans parler des femmes (les piaillantes Žpouses d'officiers dans Le Ser­gent noir) ou des ngres (la morphologie et les attitudes de Stepin Fetchit, dans Judge Priest et Le Soleil brille pour tout le monde me font toujours songer au person­nage d'Horace, compagnon de Clarabelle. dans les comic strips du Disney des annŽes trente). Mais, tout autant que les trognes et les dŽgaines, ce sont les mots, les accents et les voix, en un mot la langue, qui appa­rentent les Žcritures de Twain et de Ford. Mark Twain, balayant la rhŽtorique du roman classique issu d'Europe, Žcrit comme l'on parle, s'efforce de transcrire l'extraordinaire diversitŽ des parlures de l'AmŽrique profonde (y compris celle des noirs). Et nombre de films de Ford constituent une vŽritable partition langa­gire et vocale, un tŽmoignage de l'Žvolution linguis­tique et socio-linguistique au sein de certaines rŽgions ou de certaines catŽgories sociales : comparer le parler de Stepin Fetchit ˆ celui de Woody Strode dans Le Ser­gent noir, par exemple."[26]

 

Evidemment, la proposition de Francis Vanoye est ˆ retenir car la comparaison des parler des deux noirs permet de mesurer le chemin parcouru dans la reprŽsentation des noirs dans le cinŽma fordien et au-delˆ dans le cinŽma amŽricain. Braxton Rutledge sĠexprime parfaitement, occupe la place centrale du rŽcit et ne remplit pas la fonction dĠun faire valoir comique comme Jeff Poindexter : il en incarne mme la nŽgation, comme le dit bien Ford lui-mme, en Žtant un vŽritable hŽros :

"Pas un Noir gentil et sympathique, mais un vŽritable hŽros."[27]

La statue du hŽros

The 1st Sgt. Braxton Rutledge en a la stature, le comportement et le langage: tout est cohŽrent. A plusieurs reprises, le sergent est filmŽ en contre-plongŽe de manire explicite. Au cours du procs, lorsquĠil est harcelŽ par lĠaccusation, il se dresse pour affirmer sa dignitŽ dĠhomme en expliquant son ralliement :

ÒIt was because the Ninth Cavalry was my home, my real freedom, and my self-respect, and the way I was desertin' it, I wasn't [voice cracking] nuthin' worse than a swamp-runnin' nigger, and I ain't that! Do you hear me? I'm a man!Ó

Comme le fauteuil des tŽmoins est disposŽ sur une estrade, Rutledge domine de toute sa hauteur (1,93m) son accusateur et la contre-plongŽe peut tre perue comme le rŽsultat du contre-champ et tre ainsi justifiŽe par le rŽcit. En revanche, ˆ dĠautres reprises, la contre-plongŽe nĠest absolument pas utilisŽe de manire discrte mais au contraire volontairement appuyŽe pour souligner le sens.

Lors de lĠaffrontement contre les Apaches, le sergent est cadrŽ dans un gros plan splendide en lŽgre contre-plongŽe avec The Mexican Hat[28], un site cŽlbre de la Monument Valley en arrire plan. Le soir aprs la bataille, lorsque les soldats chantent "Captain Buffalo" ˆ la gloire de leur sergent, Braxton Rutledge est magnifiŽ par plusieurs plans en contre-plongŽe qui le dŽtachent sur la nuit par pleine lune : Ford le statufie littŽralement. Ce plan a ŽtŽ repris pour une des affiches amŽricaines. La sŽquence sĠachve avec la chanson. Une coupe franche et le lendemain matin, quatre soldats enterre Otway, un de leur camarade, tuŽ au combat. Les deux soldats qui sĠoccupent de poser la croix sur la tombe demandent de dire quelques mots au sergent qui refuse. Le contre-champ est filmŽ en forte contre plongŽe : le sergent occupe le tiers droit du cadre en plan amŽricain, une mesa le tiers gauche, le tout sur un ciel bleu magnifique.

 

Pour autant, Ford ne rŽduit pas Rutledge ˆ une simple ic™ne porteuse dĠun message. Le traitement du personnage dans sa complexitŽ lui confre une vŽritable Žpaisseur. Lors de son arrivŽe au tribunal, Rutledge semble tout faire pour tre digne du surnom que lui ont donnŽ ses hommes : mise impeccable, port de tte altier, droit dans ses bottes, voilˆ bien "the top soldier". En revanche, au cours du premier flash back, Mary Beecher Žvoque sa rencontre avec Rutledge ˆ la demande de lĠaccusation qui interrompt son tŽmoignage ds que Mary Beecher a dit ce que Shattuck voulait entendre. Car le dŽbut du rŽcit de Mary est vraiment conforme aux fantasmes racistes. Blonde aux yeux clairs, la jeune femme affolŽe sort de la gare quand une main noire et puissante se plaque sur sa bouche et elle entend un ordre qui sonne comme une menace : ÒDonĠt scream, Miss. DonĠt scream!Ó. Et Mary poursuit :

ÒIt was as though heĠd sprung up at me out of the earth. I couldnĠt move, I couldnĠt scream. It was like a nightmare

 

Surgi des profondeurs de la terre (lĠenfer ?), un vrai cauchemar, Rutledge incarne alors la sauvagerie du ngre. Et cĠest pourquoi le Capitaine Shattuck arrte lˆ le tŽmoignage de Mary Beecher. Il a ravivŽ les images intŽriorisŽes par les spectateurs blancs : ceux du tribunal comme ceux du filmÉ

 

Quelques affiches, ˆ travers le monde, nĠont pas hŽsitŽ ˆ exploiter le phantasme du viol. Une affiche amŽricaine est composŽe dĠune image suggestive de femme dans les bras dĠun homme qui semble la violenter et un texte pour expliciter (ÒYou knew all along that love had nothing to do with itÉÓ) dans le tiers supŽrieur ; sur une affiche franaise, sur fond de Monument Valley, le sergent noir poursuit Mary avec les deux poignŽes menottŽes qui encadrent lĠimage, et une autre reprend lĠimage du viol.

 

Evidemment, la dŽfense lui demande de poursuivre et Mary peut dire en quoi lĠintervention brutale de lĠaccusŽ Žtait justifiŽe et lui a probablement sauvŽ la vie en lui Žvitant une mort atroce. Le phantasme du viol se trouve ainsi prolongŽ en le transfŽrant sur les Apaches : Rutledge donne son revolver ˆ Mary afin quĠelle ne tombe pas vivante dans les mains des sauvages.

 

Mary Beecher insiste, du reste, pour souligner la conduite irrŽprochable du sergent. Mais si le sergent se conduit comme un gentleman, il exprime clairement quĠil nĠest absolument pas dupe. Il sait dans quel monde il vit et son expŽrience lui dit quĠil a tout ˆ redouter de sa cohabitation forcŽe avec une femme blanche :

Ò1st Sgt. Braxton Rutledge: Anyone come, you ain't gonna be in here with me.

Mary Beecher: What are you talking about?

1st Sgt. Braxton Rutledge: I'm talking about you. A white woman. White women only spell trouble for any of us.Ó

 

En consŽquence, il prŽfre garder ses distances afin de respecter les rgles de la sŽgrŽgation plut™t que de croire Mary Beecher qui affirme na•vement (mais elle vient juste de revenir dans les territoires de lĠOuest): ÒThat's nonsense. We're just two people trying to stay aliveÓ.

 

Le parfait gentleman est Žgalement un soldat exemplaire qui fait tout pour mŽriter son surnom. On peut y voir le parfait oncle Tom sous lĠuniforme. Pour autant, sĠil a fui cĠest quĠil ne faisait pas confiance dans la justice des blancs.

 

Le lendemain, Rutledge est arrtŽ et menottŽ. La patrouille repart et le lieutenant chevauche aux c™tŽs de son sergent quĠil considre comme un ami. Il prend des nouvelles de sa blessure et Rutledge rŽpond en Žvoquant un stŽrŽotype raciste sur les supposŽs capacitŽs des Noirs ˆ guŽrir vite.  Tom Cantrell ne relve pas lĠallusion sarcastique et propose, au contraire, de lui ™ter ses fers contre sa parole de ne pas tenter de sĠenfuir. Rutledge refuse car il entend bien tout faire pour Žchapper ˆ la cour martiale. ChoquŽ, Tom Cantrell rŽplique : ÒThis thing would haunt you till you couldnĠt stand itÓ. La rŽponse de Rutledge est sans ambigu•tŽ:

ÒYou forget, sir, we have been haunted a long time too much to worry. Yeah, it was all right for Mr. Lincoln to say we were free, but that ainĠt so. Not yet. May be some day, but not yet.Ó

John Ford devait convoquer la figure tutŽlaire de Lincoln prŽsent dans un grand nombre de ses films. Mais la rŽserve exprimŽe par Rutledge marque bien le chemin quĠil reste ˆ parcourir mme  prs dĠun sicle aprs sa mort (le temps des spectateurs). Ce ne sera pas la seule rŽfŽrence au grand prŽsident : aprs la bataille dŽcisives contre les Apaches, les soldats lĠŽvoqueront ˆ nouveau mais de manire beaucoup plus traditionnelle : les hommes du rang ne possdent pas la mme conscience que leur sergent.

 

Aprs cet Žchange plut™t amer entre le lieutenant et son sergent, la patrouille est accrochŽe par les Apaches. Toujours Top soldier dans ses actes, Rutledge arrte le cheval emballŽ du caporal Moffat blessŽ et recueille ses dernires paroles[29] :

ÒCaporal Moffat: My little girls, whatĠs gonna happen to them, Brax?

1st Sgt. Braxton Rutledge: Someday, Moffat, they gonna be awfull proud of you.

Caporal Moffat:  YouĠre always talking about someday like it gonna be a promised land here on Earth. WeĠre fool to fight the white manĠs war. Ó

 

A nouveau, Moffat renvoie ˆ Rutledge lĠimagerie du bon soldat qui essaie de croire ˆ lĠintŽgration. Mais la rŽponse de Rutledge est sans ambigu•tŽ et montre bien quĠil ne sĠest pas laissŽ abusŽ :

Ò1st Sgt. Braxton Rutledge:.It ainĠt the white manĠs war. WeĠre fighting to make us proud.Ó

 

Le caporal nĠentend plus le sergent et meurt dans ses bras. EbranlŽ par la mort de son compagnon dĠarmes, Rutledge dŽcide de dŽserter ˆ nouveau. Comme tŽmoin, le sergent Skidmore cde sa place ˆ Rutledge pour un peu plus de vraisemblance.

 

Cette dŽsertion sera de courte durŽe. Car dans sa fuite aprs avoir assistŽ ˆ lĠassassinat de Sam Beecher, le pre de Mary, il dŽcouvre que les Apaches prŽparent une embuscade sur les rives du fleuve. Il redevient un bon soldat et regagne son camp en traversant ˆ nouveau la rivire[30] pour participer avec courage ˆ la bataille dŽcisive contre les Apaches. Mais, on peut considŽrer quĠil agit plus pour sauver les siens, sa propre famille, que par un patriotisme abstrait.

 

NĠŽcoutant que son devoir, le lieutenant lĠarrte ˆ nouveau le lendemain de la bataille et le conduit au tribunal o il assurera sa dŽfense avec conviction. MalgrŽ tous ses efforts, il faut un coup de thŽ‰tre pour innocenter compltement Rutledge tant les prŽjugŽs racistes sont forts et partagŽs. Ce coup de thŽ‰tre peut appara”tre comme une nouvelle soumission aux codes : le happy end fait partie du genre. Mais Ford en lĠutilisant de manire si abrupte dit aussi que, sans lui, aucune plaidoirie, aucune preuve auraient suffi ˆ innocenter lĠaccusŽ forcŽment coupable car noir :

ÒThe code which Rutledge so vigorously upholds is turned against him, its representatives eagerly labelling him ÒrapistÓ, ÒmurdererÓ, and finally – the indisputable proof of his guilt – ÒNegroÓ.Ó[31]

 

Un film des annŽes 60

 

Memphis, grve des Žboueurs, 11 fŽvrier 1968 &

Sidney Poitier, Harry Belafonte, Charton Heston lors de la marche sur Washington en 1963[32].

 

En 1960 au moment o sort le film, les Etats du sud[33] sont encore rŽgis par des lois sŽgrŽgationnistes contre lesquelles luttent les mouvements dĠŽmancipation. Connues sous la dŽnomination gŽnŽrique de Jim Crow laws, ces mesures mises en place ˆ la fin du XIXe sicle organisent une forme dĠapartheid qui fut entŽrinŽe par le cŽlbre arrt de la Cour suprme dans le cas Plessy v. Ferguson en 1896 qui  dŽclara ces lois constitutionnelles en Žvoquant le principe "separate but equal". LĠarrt faisant jurisprudence.

 

A la fin de la 2me guerre mondiale, le retour des vŽtŽrans[34] noirs se conjugue avec une transformation profonde de la sociŽtŽ : les Noirs quittent ˆ la fois le Sud et la terre[35]. La sŽgrŽgation va tre de plus en plus contestŽe notamment par les mouvements pour la reconnaissance des droits civiques dont The National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). En 1954, dans le cas Brown v. Board of Education of Topeka, la cour suprme dŽclare la sŽgrŽgation dans les Žcoles publiques inconstitutionnelle et met un terme, de jure, ˆ la jurisprudence de 1896. Pour que cette sŽgrŽgation disparaisse dans les faits, il faudra attendre encore un peu. En effet, il nĠest pas sžr quĠelle ait compltement disparu encore aujourdĠhui et dĠabord dans les ttes. RŽalisŽe au dŽbut des annŽes 1990 par le National Opinion Research Center, une Žtude a constatŽ que la majoritŽ des Blancs et des Hispaniques portaient un jugement nŽgatif sur les Noirs.For example, 78 percent said that Blacks were more likely than Whites to "prefer to live off welfare" and "less likely to prefer to be self-supporting." Par exemple, 78% considrent que les Noirs sont plus susceptibles que les Blancs de "prŽfŽrer vivre de l'aide sociale" et ont "moins tendance ˆ prŽfŽrer tre autonomes".Further, 62 percent said Blacks were more likely to be lazy; 56 percent said Blacks were violence-prone; and 53 percent said that Blacks were less intelligent than Whites. 11 Stated differently: the coon caricature is still being applied to Blacks. En outre, 62% trouvent les Noirs paresseux, 56% sujets ˆ la violence et 53% moins intelligents que les Blancs[36]. Mais, malgrŽ ses rŽsistances, le systme de sŽgrŽgation va tre dŽmantelŽ pice par pice jusquĠˆ ce quĠun mŽtis soit choisi par les dŽmocrates pour les reprŽsenter ˆ lĠŽlection prŽsidentielle. AujourdĠhui, la sŽgrŽgation ne subsiste plus que de faon rŽsiduelle dans les prisons de Californie et, dans une moindre mesure, dans celles de lĠOklahoma et du Texas. Ces trois Etats ont entrepris des rŽformes afin dĠabolir cette dernire manifestation de lĠapartheid non sans rencontrer quelques rŽsistances[37].

 

Et dans cette lutte, lĠancien combattant Ford se range rŽsolument du c™tŽ des contempteurs de lĠapartheid quĠil ne supporte pas voir ˆ lĠÏuvre dans son propre pays :

"J'adore LE SERGENT NOIR (il prononce ce titre en franais). On ne voulait pas me laisser faire ce film parce que l'on disait qu'un film sur un ÇniggerÈ ne rapporterait pas d'argent et ne pourrait pas tre exploitŽ dans le Sud. Je me suis mis en colre et je leur ai dit qu'ils pouvaient au moins avoir la dŽcence de dire ÇnegroÈ ou Çcoloured manÈ au lieu de ÇniggerÈ, parce que la plupart de ces ÇniggersÈ valaient mieux qu'eux. Je me suis aperu de cela quand j'ai dŽbarquŽ ˆ Omaha Beach : il y avait des dizaines de corps de Noirs Žtendus sur le sable. Quand j'ai vu cela, j'ai compris qu'il Žtait impossible de ne pas les considŽrer comme des AmŽricains ˆ part entire."[38]

 

Comme dĠhabitude, les producteurs avaient raison contre Ford[39] et le film fut un Žchec commercial. Sans doute, le hŽros noir fidle, in fine, ˆ la cavalerie amŽricaine et surtout ˆ lĠimage que Ford se faisait de la grandeur de lĠarmŽe, Žtait dŽjˆ trop en dŽcalage avec les revendications portŽes par les mouvements dĠŽmancipation des Noirs amŽricains. Mais lors de la grve des Žboueurs de Memphis en 1968[40], les manifestants brandiront des pancartes portant "I am a man" comme en Žcho ˆ la conclusion de la plaidoirie de RutledgeÉ

 

En 1960, Ford a 66 ans et il est dans sa cinquime et dernire dŽcennie de crŽation qui sĠachvera six ans plus tard avec Seven Women (1966). Pour lui, le temps est venu du bilan et ce bilan sĠeffectue avec un regard critique sur le monde et singulirement sur les USA. DŽsormais, les hŽros fordiens ne trouvent plus leur place dans la communautŽ. Ethan Edwards surgit du dŽsert et y retourne (The Searchers). Tom Doniphon est un inconnu qui le restera malgrŽ lĠintervention du sŽnateur Ransom Stoddard, et que lĠon sĠapprtait ˆ enterrer aux frais de la mairie et sans ses bottes (The Man who shot Liberty Valance). Le Dr. D.R. Cartwright incarne la nŽgation des principes rigides de la mission quĠelle sauvera pourtant par son sacrifice (Seven Women). Brax Rutledge ne sait plus sĠil a toujours une place dans lĠarmŽe et ce sentiment lui est insupportable car, comme il le dit lui-mme, cela lui donne lĠimpression dĠtre redevenu, "a swamp-runnin' nigger", un esclave en fuite, un homme dŽsormais sans feu ni lieu car exclu, rejetŽ de lĠUS Cavalry, la seule communautŽ susceptible de le reconna”tre comme un homme de valeur, "The top soldier".

 

John Ford commencerait-il aussi ˆ douter de lĠarmŽe ? Certes, lorsquĠil rŽconforte le jeune soldat blessŽ, le lieutenant reprend, mot pour mot, les propos du vieux capitaine, Nathan Brittles (She Wore a Yellow Ribbon, 1949), "Well, youĠre a good man. In another nine or ten years, youĠre gone make corporal" (dans cette communautŽ dĠŽgaux, la hiŽrarchie nĠest gravie quĠavec beaucoup de mŽrite), marquant ainsi la continuitŽ entre les officiers de la cavalerie, mais est-ce un effet de sa jeunesse ou de la rŽpŽtition, Tom Cantrell ne semble plus vraiment y croire comme les soldats qui, sur la tombe de leur camarade, parlent de leur solde misŽrable comme seule reconnaissance de leur dŽvouement. Nous sommes bien loin, en tout cas, de lĠenterrement du gŽnŽral confŽdŽrŽ devenu le Pvt. John Smith de la cavalerie des Etats-Unis dans She Wore a Yellow Ribbon[41]É

 

Du reste, mme Frank W. ĠSpigĠ Wead qui a sacrifiŽ sa propre famille pour la gloire de lĠaŽronavale amŽricaine doit finalement quitter le navire amiral. Symboliquement, aprs tre passŽ entre une haie dĠhonneur constituŽe dĠofficiers gŽnŽraux, ses anciens compagnons dĠarme (moment dĠintense Žmotion pour lui comme pour les spectateurs), il se retrouve, les larmes aux yeux, perdu, ballottŽ dans une petite nacelle entre deux navires (The Wings of Eagles, 1957). Songe-t-il ˆ ce moment prŽcis ˆ la beautŽ Žvanouie de sa femme (Maureen OĠHara) ?

 

En cohŽrence avec le statut de leurs hŽros, ces derniers films se caractŽrisent par un retour sur les maux qui affectent la sociŽtŽ amŽricaine et, en particulier sur les minoritŽs qui en souffrent le plus : les Noirs, les Indiens et les femmes. Ces films abordent le thme du racisme avec une acuitŽ rarement ŽgalŽe au cinŽma (The Searchers, 1956 qui ouvre cette dŽcennie et Two Rode Together, 1961 qui suit Sergeant Rutledge), le sort indigne rŽservŽ aux Indiens (Cheyenne Autumn, 1964)[42] et la difficultŽ dĠtre une femme libre dans un monde dominŽ par lĠhypocrisie des pharisiens[43] que Ford abhorrait (Seven Women, 1966).

"LĠŽcriture composite de Ford ne rŽsout ni ne dŽpasse les contradictions face ˆ lĠHistoire de son pays et ˆ la manire dĠen rendre compte avec le cinŽma : elle les expose. Et si ses films nous touchent tant, cĠest quĠil sĠengage profondŽment en chacun des termes de ces contradictions, affectivement et esthŽtiquement : dans la grandeur et la splendeur du mythe amŽricain, dans la tendresse et la luciditŽ ˆ lĠŽgard du peuple amŽricain, dans les ab”mes maudits o mythe, tendresse et luciditŽ ne sont plus que vanitŽs, o lĠHistoire dispara”t ˆ force dĠtre rŽŽcrite."[44]

 

 

In Le huis clos judiciaire au cinŽma,

publication des actes du colloque Ç Droit & cinŽma : regards croisŽs È du 29 et 30 juin 2008, 

mars 2010, pp.73 ˆ 105.

 

 

 

 

 



[1] - Claudine Tavernier, "La 4me dimension de la vieillesse, John Ford", CinŽma 69, nĦ137, p.44.

[2] - Un petit dŽtail qui, ˆ travers les parlers, les accents diffŽrents, dit la matire composite des acteurs de la Conqute de lĠOuest.

[3] - Akira Kurosawa, 1950 et son remake, The Outrage de Martin Ritt (1964) : Cf. La communication de Xavier Daverat.

[4] - Sean Penn, 2007. Interroger le prŽsent passe toujours aux USA par une mise en perspective critique des mythes fondateurs de la Nation amŽricaine.

[5] - LĠanecdote est cŽlbre mais mŽrite dĠtre rappelŽe : pendant la chasse aux sorcires, Ford s'oppose, au cours de assemblŽe du 15 octobre 1950 de la Directors Guild of America, ˆ Cecil B. De Mille qui veut enlever la prŽsidence ˆ Joseph Mankiewicz souponnŽ de progressisme. EnregistrŽe par une stŽno, son intervention commence par le cŽlbre: "My name's John Ford, I make Westerns" et s'achve par des propos fermes et courageux qui mettent un terme au dŽbat: "I don't think there's anyone in this room who knows more about what the American public wants than Cecil B. De Mille — and he certainly knows how to give it to them. In that respect I admire him. But I don't like you, C.B. I donĠt like what you stand for and I don't like what you've been saying here tonight. Joe has been vilified, and I think he needs an apology. Then I believe there is only one alternative, and I hereby so move: that Mr. De Mille and the entire board of directors resign, and that we give Joe a vote confidence – and then letĠs all go home and get some sleep. WeĠve got some pictures to make in the morning." (Bill Levy, John Ford a Bio-Bibliographie, Westport-Connecticut, Greenwood Publishing Group, 1998, pp.27-28) Ce jour lˆ The Quiet Man Žtait ˆ Hollywood...

[6] - A ce jour, seuls 3 westerns ont reu la prŽcieuse statuette: Cimarron (Wesley Ruggles, 1931), Dances With Wolves (Kevin Costner, 1990) et Unforgiven (Clint Eastwood, 1992). Pendant toute la pŽriode du studio system, le western fait partie de la sŽrie B, an easy money maker, et par consŽquent ne peut prŽtendre ˆ une distinction aux oscars rŽservŽe aux films de la sŽrie A.

[7] - Lieu mythique en effet : "Elsewhere the sky is the roof of the world, but here the earth was the floor of the sky" Willa Cather. Mme si Monument Valley nĠa pas ŽtŽ dŽcouvert cinŽmatographiquement par John Ford comme le veut la lŽgende (George B. Seitz y a tournŽ The Vanishing American en 1925), ses westerns ont popularisŽ dans le monde entier ce site unique ˆ tel point quĠaujourdĠhui on peut y trouver The John FordĠs Point, ce promontoire dĠo Ethan accroupi plonge son regard sur le camp indien o Debbie est retenue prisonnire (The Searchers, 1956 : Petit clin dĠÏil, Tom Cantrell-Jeffrey Hunter lorsquĠil arrive au tribunal dŽclare venir du ranch des Jorgensen dans lequel sĠachevait The Searchers. Les cinŽphiles se souviennent du dernier plan avec Ethan sur le seuil et se tenant le bras ˆ la manire dĠHarry Carrey). Dans Cheyenne Autumn (1964) les Cheyenne ne quittent pratiquement pas le site alors quĠils sont sensŽs parcourir des centaines de miles et les cavaliers guidŽs par leur capitaine (Richard Widmark) dŽfilent sur The John FordĠs Point juste pour la beautŽ du planÉ En 2006, Bryan Cooper a rŽalisŽ un documentaire au titre explicite: "Monument Valley: John Ford Country".

[8] - Interview With a Dead Director By Stuart J. Kobak, http://www.filmsondisc.com/features/ford/ford.htm

[9] - Pierre Gras, Biopic, in Politique (s) de John Ford, Trafic nĦ56, hiver 2005, p.120.

[10] - Glinda, la gentille fŽe de The Wizard of Oz (1939) occupe la troisime place au gŽnŽrique avant Woody Strode. NŽe en 1884, elle a 76 ans et joue la femme du colonel interprŽtŽ par Willis Bouchey nŽ en 1907 et qui nĠa donc que 53 ans. Convention qui passe sans problme. Malheureusement, Sergeant Rutledge sera son dernier film.

[11] - PrŽsente dans 17 films de Ford, Mae Marsh fait partie de la John Ford Stock Company mais, dans lĠhistoire du cinŽma, elle reste lĠhŽro•ne qui prŽfre se jeter de la falaise plut™t que de succomber au viol du mul‰tre qui la poursuit dans Birth of a Nation.

[12] - Jacques Bontemps, Le vieux monde et les nouveaux venus, in Politique (s) de John Ford, Trafic nĦ56, hiver 2005, p.10.

[13] - Joseph McBride, Hawks par Hawks, Paris, Ramsay, 1987, p. 119.

[14] - Deux films o le procs joue un r™le important ! Claudine Tavernier, op. citŽ, p.39.

[15] - Elle sera la premire noire ˆ tre nominŽe et ˆ recevoir un oscar pour un second r™le dans Gone with the Wind (1939).

[16] - ConformŽment ˆ lĠŽtiquette raciste, les femmes noires ne sont en aucun cas appelŽes "Miss." or "Mrs." dans le Sud rŽgi par les Jim Crow laws mais "Auntie" ou "girl".

[17] - Daniel J. Leab, From Sambo to Superspade: The Black Experience in Motion Pictures, Boston, Houghton Mifflin, 1976, p. 89.

[18] - Donald Bogle, Toms, Coons, Mulattoes, Mammies, & Bucks: An Interpretive History of Blacks in American Films, New York, Continuum, 1973/1994, p. 41.

[19] - Bogle, op. cit.  p.8.

[20] - Lors du premier match de boxe opposant James J. Jeffries, un blanc, ˆ Jack Johnson, un noir pour le titre mondial des poids lourds le 4 juillet 1910 ˆ Reno Nevada, les 22 000 spectateurs, uniquement des blancs, pouvaient entendre "All coons look alike to me" une chanson cŽlbre de la musique coon avant de scander "kill the nigger!". Cf. LĠexcellent documentaire de Ken Burns, Unforgivable Blackness : The Rise and Fall of Jack Johnson, USA, 2004.

[21] - Cf. Jacques Portes, De la scne ˆ lĠŽcran : naissance de la culture de masse aux Etats-Unis, Paris, Belin, 1997, pp.29 ˆ 32.

[22] - CitŽ par James Steffen dans son article sur Judge Priest pour Tuner Classic Movies (http://www.tcm.com/).

[23] - CitŽ par Joseph McBride, A la Recherche de John Ford, Lyon, Institut Lumire/Actes Sud, 2007, pp.294-295.

[24] - Officiellement entre 1882 et 1968, 4 742 Noirs ont ŽtŽ lynchŽs, dont la moitiŽ dans le Mississippi, la GŽorgie, le Texas, l'Alabama et la Louisiane (statistiques Žtablies par l'universitŽ de Tuskegee, Alabama). Ces lynchages pouvaient se transformer parfois en pogroms comme lors des Žmeutes raciales dĠElaine en 1919 ou celles de Tulsa en 1921. Sžrs de leur impunitŽ,  les auteurs de ces crimes se faisaient photographier plastronnant devant leurs victimes ; photographies ensuite largement diffusŽes sous forme de cartes postales ! Cf. le site http://www.withoutsanctuary.org/ qui est consacrŽ aux photos et cartes postales de lynchage.

[25] - Un viol Žtait bien prŽvu dans le scŽnario original de Judge Priest. Non retenu au montage final, il nĠen reste plus quĠune brve allusion.

[26] - Francis Vanoye, John Ford et les rŽŽcritures de lĠHistoire, in Le CinŽma Face ˆ lĠHistoire, Vertigo nĦ16 1997, p.99.

[27] - Claudine Tavernier, op. citŽ, p.39.

[28] - Tellement beau, que ce cadrage est reproduit ˆ plusieurs reprises sans se soucier de la cohŽrence de la topologie des lieux.

[29] - LĠŽchange est rapportŽ lors du tŽmoignage du sergent Skidmore qui ne conna”t pas son ‰ge parce que ÒI was slave-bornÓ (petits dŽtails qui marquent la proximitŽ avec la guerre civile et le temps dĠavant ! Petits dŽtails qui font Žgalement la vŽritŽ du cinŽma fordien).  Mais dĠŽvidence, Skidmore ne pouvait assister aux derniers moments de Moffat que seul Rutledge Žtait en mesure de rapporter.

[30] - Woody Strode pouvait tre fier de son interprŽtation : "On nĠavait encore jamais vu un Noir descendre dĠune montagne comme John Wayne. JĠai traversŽ le Pecos de faon triomphale comme jamais un Noir ne lĠavait fait. Et je lĠai fait par moi-mme. JĠai fait traversŽ le fleuve ˆ la race noire tout entire". in A la Recherche de John Ford, Joseph McBride, op. citŽ, p.823.

[31] - Andrew Tracy, Sens of Cinema, February 2004.

[32] - Au moment de la constitution du casting pour Sergeant Rutledge, la Warner avait suggŽrŽ Sidney Poitier ou Harry Belafonte pour le r™le principal. Mais Ford avait prŽfŽrŽ Woody Strode plus "coriace" ˆ son gožt. Dans le cŽlbre Guess Who's Coming to Dinner (Stanley Kramer, 1967), le Dr. John Wade Prentice interprŽtŽ par Sidney Poitier cl™t sa diatribe contre son pre par: ÒYou think of yourself as a colored man. I think of myself as a man.Ó

[33] - 18 Etats au total : les anciens Etats confŽdŽrŽs et les anciens territoires de lĠOuest.

[34] - Le phŽnomne anciens combattants sera Žgalement au cÏur des processus de dŽcolonisation.

[35] - En 1940, 50% des Noirs sont encore fermiers et 77% travaillent toujours dans les anciens Etats confŽdŽrŽs. En 1970, 81% habitent dans des grandes agglomŽrations urbaines.

[36] - In Lynne Duke, "But Some of My Best Friends Are...," The Washington Post du 14 janvier 1991. Et sur internet: http://members.aol.com/digasa/stats1.htm.

[37] - Lire Ben Arnoldy, Les prisons californiennes dŽcouvrent la mixitŽ raciale, The Christian Science Monitor in Courrier international, nĦ 921, 26 juin 2008, p.22.

[38] - Claudine Tavernier, op. citŽ, p.39.

[39] - Dans les mŽmos de David O. Selznick, on peut lire : "J'ai fortement conscience, comme je l'ai dit ˆ Coop (Merian C. Cooper), que nous devrions choisir le scŽnario et le faire accepter ˆ John Ford, plut™t que de lui laisser choisir un de ces sujets non commerciaux qu'il aime et que nous tournerions uniquement ˆ cause de son enthousiasme." In Memo, Paris, Ramsay (Poche CinŽma), 1985, p. 94.

[40] - Pour bien saisir lĠesprit du temps, lire Dangerous Road, lĠexcellent roman noir de Kris Nelscott (La Route de tous les dangers, Editions de LĠAube, 2005).

[41] - Un coup de thŽ‰tre, lˆ aussi providentiel, permettait au vieux capitaine dŽmobilisŽ de rŽintŽgrer la cavalerie. Happy-end Žmouvant : le tout nouveau colonel retrouve son rŽgiment au moment du bal et la jeune hŽro•ne qui a fait tourner les ttes de jeunes officiers, lui tend son pliant pour quĠil aille se recueillir sur la tombe de sa femme. En 1949, Ford et ses spectateurs pouvaient encore y croire.

[42] - Andrew Tracy (Sens of Cinema, February 2004): ÒThe hopeful future envisioned in Ford's westerns had always been weighted by an apprehension of the divisive forces which could rend that dream apart, and it would be difficult to conceive of a force more destructive and base than racist hatred. It is to Ford's credit that he not only sought to explore this hatred – most notably in The Searchers (1956), Two Rode Together (1961) and Cheyenne Autumn (1964) – but to do so within the genre he had made his own.Ó

[43] - Lire Sylvie Pierre, Ford et les Pharisiens, in Politique (s) de John Ford, Trafic nĦ56, hiver 2005, pp.12-25.

[44] - Francis Vanoye, John Ford et les rŽŽcritures de lĠHistoire, op. citŽ, p.100.